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Lettre 53 - page 3

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Lettre DDV n°53
(8p, PDF, 1.4Mo)

Comment nous déplacerons nous en 2030?

Drôle de question ! Et pourtant, nous sentons bien confusément que la situation actuelle ne peut plus durer ; où chacun utilise sa voiture en solitaire, qui peut pourtant emporter cinq personnes, pour se rendre au travail, où maman (ou papa) conduit ses rejetons à la porte de l’école parce qu’elle (ou il) est pressée, et pour leur éviter les dangers de la circulation automobile. Tous les indices nous montrent que cela ne peut plus durer : le porte-monnaie souffre quand vous passez à la pompe ou chez le garagiste ; les embouteillages pour aller à Lille par l’autoroute A1 n’en finissent plus ; plus moyen de se garer à proximité de la gare pour prendre le train ; la pollution en ville qui abrège la vie, et dont on ne parle pas. Stop !

Sauf que toute la société est accro au pétrole et à la voiture individuelle. Et c’est particulièrement vrai pour les ruraux, ou "rurbains", qui utilisent leur véhicule par obligation, puisqu’ils ont choisi de vivre à 10 ou 15 km du centre-ville. Toute notre organisation sociale, habitat et travail, approvisionnement, loisirs, a été pensée depuis 50 ans grâce au carburant bon marché. Or, on nous annonce que cette période faste de l’histoire se termine. Qu’allons-nous devenir? Devrons-nous renoncer à nos déplacements? Quelles alternatives à ce tout-voiture?

Le Centre d’Analyse Stratégique, service gouvernemental, à la demande des secrétaires d’Etat chargés de l’Ecologie et des Transports a sorti un rapport, en novembre dernier, qui aborde la question des mobilités individuelles alternatives à l’usage actuel de l’automobile. L’horizon choisi pour cette étude est à vingt ans, donc 2030.

Le « modèle automobile » est ébauché ci-dessus, auquel il faut ajouter son emprise au sol. Selon l’étude, « les deux tiers environ de la voirie urbaine sont affectés à la circulation et au stationnement des voitures particulières ». Tout cela engendre un coût phénoménal, que nous pourrions supporter si le service rendu était satisfaisant. Pourtant, selon cette étude, 20 à 30% de la population n’a pas accès à l’automobile. Et 40% de la population vit dans des territoires sans alternative à l’automobile.

Des recommandations sont proposées (19) pour « penser la mobilité autrement » qui s’articulent autour de quatre champs d’action :

  • L’usage de véhicules motorisés légers et moins consommateurs d’énergie. Mais signalons quand même la part belle faite aux véhicules électriques, qui, si ils sont développés à grande échelle, amèneront d’autres problèmes : intervention publique pour la mise en place d’un réseau de recharge, augmentation de la demande d’électricité, donc de nucléaire(1) ;
  • Le développement d’une économie de services qui offrent une alternative à l’usage exclusif d’un véhicule possédé : développement du co-voiturage de l’auto-partage, de télé-services, de livraisons à domicile ;
  • L’adaptation de la mobilité et de l’accessibilité à l’ère du numérique par les services de téléphone portable ou d’internet ;
  • Enfin, la redécouverte du vélo, sous toutes ses formes dans les zones denses ou à faible densité. Le vélo pourrait compléter les transports collectifs. Cela nécessite des réseaux d’itinéraires cyclables, des voiries à la circulation apaisée (zones 30 ou de rencontre, des DSC, chaussées à voie centrale banalisée. Le rapport recommande également une politique éducative dès l’école, et fixe un objectif de 10 à 20% de part de déplacements à vélo (nous en sommes plutôt à 3% actuellement).

Avec la mise en place récente du Code de la Rue, les pouvoirs publics prennent le chemin de ces recommandations. Des solutions d’auto-partage et de co-voiturage existent et ne demandent qu’à être développées. Il reste la prise de conscience par les élus locaux et le courage politique de la mise en œuvre.

Centre d’Analyse Stratégique : Les nouvelles mobilités -Adapter l’automobile aux modes de vie de demain - www.strategie.gouv.fr

(1) : On comprend mieux cette orientation en découvrant la liste des intervenants auditionnés : EDF, groupe Bolloré, Heuiliez, Institut Français du pétrole, PSA, Renault