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Lettre 53 - page 6

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Lettre DDV n°53
(8p, PDF, 1.4Mo)

Les éco-quartiers sont à la mode

Les éco-quartiers sont à la mode : les projets fleurissent un peu partout, et dans notre Douaisis, le futur quartier du Raquet, partagé entre Douai et Sin le Noble, fait figure de projet d’intérêt national. Porté par la CAD, c’est une des réponses à la demande de logement sur le Douaisis, évaluée à 6000 logements.

Mais un éco-quartier se veut une réponse appropriée, exemplaire et expérimentale par l’approche de l’urbanisme revendiquée. L’espace urbain, quoique périphérique, est aménagé en fonction de critères touchant à l’habitat (constructions basse consommation), à la volonté de mixer les populations (on y trouve du logement social et du privé), à l’organisation de l’espace (densification, raccordement aux autres quartiers), des services proposés (commerces, écoles), de la gestion des eaux… et de la question des déplacements. On ne crée pas 4000 logements pouvant accueillir 12000 habitants sur 166 hectares sans réfléchir à la façon dont tout ce petit monde va se déplacer chaque jour. C’est le volet de la mobilité sur lequel se joue la réputation de l’éco-quartier, en principe modèle de vertu en matière de développement durable, d’économie d’énergie, d’impact carboné, et de nouvelles formes d’appropriation de l’espace.

Notre association ne pouvait que s’intéresser(1) à la manière dont ce projet prenait en compte la question du déplacement, à la fois dans le quartier lui-même et dans la relation avec la Ville.

Au centre de la question des déplacements, le transport collectif, le TCSP (Transport Collectif en Site Propre) - puisqu’il semble que la dénomination « tram » soit désormais délaissée- qui doit desservir cette zone urbanisée, c’est une condition de l’existence de ces éco-quartiers que leur « branchement » au réseau. Trois arrêts (tous les 400 m) devraient voir le jour sur le futur prolongement de la ligne 1 avec pour terminus le Centre hospitalier. On devine que le projet est fortement conditionné par la réussite et la crédibilité de ce tram à faux nez.

Maîtriser la pression automobile n’a pas été inscrit tout en haut du tableau des priorités. En fait, peu d’innovations dans ce domaine : pas de relégation de la voiture particulière aux abords du lotissement en créant des silos par exemple, la voiture sera en majesté dans l’éco-quartier, même si l’aménagement de la voirie dissuadera d’en faire le mode privilégié de déplacement sur le site lui-même (zone 30 et zones de rencontre), puisque les modes de déplacement actifs y seront valorisés (piétonisation des aires publiques, création systématique d’aménagements cyclables).
C’est sur la question du stationnement des véhicules des résidents et des visiteurs sur le site que peut s’apprécier la volonté politique de travailler sur la question de la mobilité : on sait que favoriser le stationnement en quantité et en proximité, c’est mettre de la voiture là où elle ne devrait pas être, sous les fenêtres de l’habitant. De ce point de vue, le ratio 1 place de parking plus une demi-place sur l’espace public est très généreux, même si ces espaces mutualisés de stationnement se trouvent sur des réserves foncières qui pourraient à terme trouver une autre destination, modifiant ainsi la donne en matière de stationnement !
A terme, car dans l’immédiat commercialiser les projets immobiliers suppose d’affuter les arguments : en clair on ne vend pas de logement (ou n’investit dans un éco-quartier pour un bailleur social) sans abandonner le modèle classique du “pavillon-petite famille-deux voitures garées sous la fenêtre”. Du BBC d’accord, mais ne pas brusquer les habitudes de déplacement. On sent que le caractère expérimental de l’écoquartier sera à rechercher ailleurs !

Concernant l’usage du vélo, les contraintes du PLU en matière de garage dans les immeubles d’habitation s’appliqueront à plein (1m2 par logement) ainsi que pour ceux hébergeant les services. Des zones de stationnement seront créées à proximité des services accueillant du public (écoles…). Le réseau interne au quartier sera greffé sur le réseau de pistes cyclables.

Parmi d’autres suggestions visant à mieux prendre en compte les modes actifs de déplacement (on ne dit plus modes doux mais modes actifs de déplacement), nous proposons que le groupe scolaire qui remplacera celui des Epis soit sans accès voiture à proximité afin de valoriser l’accompagnement des enfants à vélo ou à pied et d’éviter ce phénomène de bouchons à la porte des écoles de quartier que l’on connaît bien. Que soit également créé un garage à vélos sécurisé pour les vélos des enfants bien mis à vue pour susciter le désir !

Déjà pointé par Ville et Vélo, le magazine des Villes et territoires durables dans son numéro 44 de mars/avril 2010, la sous évaluation des questions de mobilité dans les nouveaux projets urbains, prend au Raquet, un tour caricatural.
Parce qu’il prend appui sur la desserte du quartier par un TCSP dont on n’attend plus grand-chose, qu’il ne porte aucune idée nouvelle quant à la valorisation des modes actifs de déplacement (marche, vélo), qu’il n’offre aucune alternative à l’usage dominant de la voiture (stationnement, auto-partage), ce projet douaisien est très en retrait sur des projets comparables au-delà de nos frontières.

(1) Il est à noter qu’à aucun moment, Droit D’Vélo n’a été sollicité en amont pour réfléchir sur les modes de déplacement.
Notre rencontre le 24 novembre 2010 avec Florence Bougnoux, urbaniste chef du cabinet Seura, maître d’œuvre du Raquet, et Jean-Paul Mottier, coordinateur projet à la CAD, a donc lieu à un moment où le projet est ficelé, prêt à être commercialisé. C’est à partir des éléments issus de cette rencontre, que nous avons écrit ce petit texte.