Entre le Louvre et Orsay à Paris, une expérience inoubliable !

publié le 6 mai 2013 (modifié le 10 mai 2013)

S’il y a bien quelque chose de non prémédité, c’est bien cette expérience de vélo pousse pousse entre le Louvre et Orsay, ce jeudi de novembre 2012, au ciel bas et pluvieux.

Après avoir retiré ma billetterie dans un des beaux hôtels de la rue de Rivoli où sont regroupés certains services administratifs du Musée du Louvre, je tombais sur ces deux vélos pousse garés sur la petite place, près de la station de métro Palais Royal.

Une petite course ?

Je m’approchais et me renseignais sur la possibilité d’employer ce moyen de déplacement non violent pour me rendre à Orsay, situé à un petit km de là. Non seulement, c’était jouable mais en plus, il semble que cette destination était la plus courue par nos cochers. Je m’enquis de la raison sociale de la société qui affrétait ces charmants vélos-pousse : elle était américaine, tout comme mon interlocuteur, plutôt fumeur, et pas vraiment sportif au premier coup d’œil vêtu d’un trench-coat fatigué et portant une casquette d’apache.

On me proposa donc de m’installer, ce que je fis, sans que la bête (le vélo) ne bronchât ! On me proposa un plaid et me demanda si j’étais bien installé. J’avais cette impression très particulière de faire un saut en arrière dans le temps et de monter dans un cab-mais vérification faite, le moteur de cet engin ne produisait pas de crottin.

Yaouh, c’est parti.

Le vélo s’ébranle tout doux ; reste à rentrer dans la circulation de la rue de Rivoli, un des endroits parisiens les plus pourris pour la pratique de la bicyclette en ville, que je ne conseillerais pas à mon pire ennemi, tant l’automobiliste y est tel qu’en lui-même, violent, agressif, teigneux, méprisant, le klaxon facile, l’appel de phare tueur.

On brinquebale, on a des émotions de Formule 1, mais on passe

Mais nous rentrons dans la circulation, le principal étant d’y rester, de ne pas en être évacué d’un coup de volant sur le trottoir. Notre cycliste s’avère plus résistant et expérimenté que ce qu’une première observation laissait penser ! Non seulement, il tient, il s’accroche mais il avance. Pas vite, parce que contrairement à cette génération nouvelle de vélo pousse, dont le carénage prête facilement le flanc à la publicité, le mien n’a pas d’assistance électrique, tout se passe à la force du mollet. Icelui doit être efficace pour déjouer les pièges de l’irrégularité de la voie : nids de poule, agrégats de bitume, la rue de Rivoli est en mauvais état, mes fesses en témoignent, on est bien secoué. On brinquebale, on a des émotions de Formule 1, mais on passe, on serait presque respecté !

Attention, on tourne à gauche, pour traverser le Pont du Carrousel et gagner la rue Bellechasse, près du Musée d’Orsay et retrouver à l’arrêt un autre de ces rustiques et charmants vélo-pousse.
On reprend ses esprits : on règle la course : dix euros ! Bon, c’est un peu cher mais enfin on n’a pas négocié au départ et ce tarif est plus touristique que syndical !

Remarque en guise de conclusion : J’avoue avoir ressenti une espèce de mauvaise conscience à me faire tirer ainsi par mon cycliste appointé, de m’être retrouvé dans une situation coloniale, de m’être replongé dans l’ambiance de ces photos de Saïgon à la fin du XIXème siècle ! Mais après être descendu de mon attelage, j’ai remarqué que mon cycliste ne se sentait pas humilié en tirant sur sa clope, et la poignée de main complice que nous avons échangée me donnait à penser que nous avions joué un beau tour à toutes ces bagnoles idiotes !

J.A.

Cet article fait partie de la Lettre DDV n°59
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